"La Mémoire" est le thème de l'année 2022-2023. Retrouvez ici l'éditorial de M. Gautier, paru dans l'Écho de Stan n°222 de l'été 2022.

Nécessité de la mémorisation

De nombreuses générations d’élèves de Stan, dès l’école primaire, entendent leurs professeurs insister sur la nécessité de l’apprentissage des leçons, et d’un apprentissage « par cœur », c’est-à-dire d’une mémorisation efficace des notions abordées en classe. Cette obligation pédagogique ne se fonde pas sur la volonté nostalgique de maintenir des méthodes traditionnelles d’apprentissage, mais sur des convictions constamment actualisées à partir des neurosciences, de la psychologie rationnelle, et tout simplement de l’expérience : On ne réfléchit bien qu’à partir de ce que l’on a mémorisé.

Nos élèves savent que toute acquisition durable de connaissances et toute capacité de réflexion passent par un travail personnel qui consiste à s’approprier les notions étudiées.  Les différentes étapes leur sont connues : écoute en classe, questionnement du professeur, prise de notes, relecture de son cours, assimilation de ce qui a été compris, mémorisation et capacité à reformuler. Puis viennent les vérifications de la compréhension et de la mémorisation par les exercices d’entraînement, les interrogations orales, les contrôles continus ou les devoirs-tests. Apprendre par cœur, c’est donc se rendre capable d’actualiser ses connaissances acquises, de façon fiable et rapide, pour les utiliser au service de sa réflexion et de son expression.
Ainsi à Stanislas lions-nous toujours « compréhension », « assimilation », « reformulation ».


« Apprendre par cœur ».

Étrange expression que celle qui consiste à faire référence au cœur, symbole de l’amour ou de la volonté, pour évoquer le cerveau où siège la mémoire.
 
Si nous nous risquons à l’interpréter librement, « par cœur » pourrait signifier « de tout son cœur », ou « de toutes ses forces », avec ce que cela comporte d’attention et de volonté de retenir, finalisée par l’intention de réutiliser les connaissances dans des situations variées. Mais la symbolique du cœur peut aussi suggérer que l’on est invité à aimer ce que l’on fait. Apprendre par cœur, c’est aussi apprendre en aimant ce que l’on fait, meilleur moyen de développer la vertu de studiosité, qui indique le plaisir de la découverte et la joie du travail dans les études.


Apprendre « par le cœur » et « de tout son cœur », est aussi une leçon de sagesse.

 
Car on fait ainsi l’expérience que l’on ne retient vraiment que ce qui nous aide à vivre.

D’une certaine manière, la liturgie eucharistique exprime fort bien et récapitule ce processus : « Faites ceci en mémoire de moi ». Luc 22.19.
Ces paroles du Christ que nous entendons à chaque messe, et qui nous invitent à « faire mémoire », ne sont pas une invitation pas à se souvenir d’un acte unique, qui s’est déroulé lors de la dernière Cène.
« Faire mémoire », au sens de la liturgie et de la foi catholiques, c’est rendre actuel, actualiser, réaliser à nouveau l’unique offrande du pain et du vin, qui deviennent corps et sang du Christ par les paroles de la consécration, paroles qui sont celles du Christ Lui-même. C’est tout particulièrement le jeudi saint, jour de l’institution de l’Eucharistie, que cette actualisation est le plus explicitement formulée : « La nuit-même où Il fut livré, c’est-à-dire aujourd’hui… ». Étonnante formule qui abolit la distance du temps et de l’espace pour rendre présent, et en notre présence, la dernière Cène et l’unique sacrifice du Christ. Cette mémoire, elle aussi nous aide à vivre, mais selon la grâce.
 
Nous aurons l’occasion l’an prochain de décliner ce thème de la mémoire dans les différents domaines de l’anthropologie, de la pédagogie, de l’Histoire, de la tradition biblique, de la liturgie, etc. Toutes les propositions de contribution sont les bienvenues.
 

Nous souvenir,

c’est aussi prendre le temps de reconnaître ce que l’on doit au passé, à ceux qui nous ont précédés et dont nous sommes les héritiers. Nos grands-parents, nos parents, nos anciens maîtres, nos anciens élèves, les grandes figures des Lettres, des Sciences, des Arts, des Armes et des Lois, dont nous apprenons tous les jours. Nous continuerons d’en faire mémoire de multiples façons en sachant cultiver en nous l’expression de notre gratitude, mémoire du cœur.

M. Frédéric Gautier
Directeur

 

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