Chaque année, le Collège Stanislas choisit un thème qui sera décliné à travers interventions et conférences. Après le thème de "l'attention" en 2020, place à "honneur aux maîtres". Explicitations avec monsieur Gautier, directeur de Stanislas.

 « Honneur aux maîtres » - Pourquoi un tel thème d’année ?

Ce thème qui reprend le titre d’un livre de Marguerite Léna est pour nous l’occasion de reconnaître et de mieux faire connaître l’éminente dignité du Maître et son rôle irremplaçable dans la formation de la jeunesse. Nous l’avons en quelque sorte expérimenté « en creux » pendant les temps de confinement qui nous ont confirmé que rien ne remplacera jamais la relation humaine directe, « en présence réelle », comme nous aimons l’exprimer à Stan, lorsqu’il s’agit d’enseigner et d’éduquer. En évoquant la figure du Maître, nous voulons célébrer, soutenir, conforter cette vocation magistérielle des professeurs et de tout éducateur, y compris bien sûr celle des parents. Pour éclairer l’esprit dans lequel nous souhaitons exercer ce magistère, il m’a semblé que la définition du magistère ecclésial était assez intéressante et pouvait par analogie nous inspirer.


 Pouvez-vous développer cette analogie ?

Le Magistère, c’est le terme théologique qui évoque la mission d’enseignement des évêques et du Saint-Père, au titre de leur paternité, de la fécondité de leur enseignement. Non pas seulement un enseignement théorique, doctrinal, mais un enseignement qui s’exerce à travers des paroles de vie au sens de cette formule que j’aime bien rappeler : « Nous ne retenons vraiment bien que ce qui nous aide à vivre ». Or, dans la fonction magistérielle des professeurs et des parents, il y a l’enseignement par la parole. De la même manière que Dieu parle aux hommes pour qu’ils aient la vie, les enseignants parlent aux élèves pour que grandisse en eux la vie intellectuelle, la vie physique, la vie relationnelle, la vie spirituelle. Or, la plus belle phrase, de mon point de vue, qui exprime cette visée éducative que nous proposons à Stan est celle du rituel de l’ordination diaconale, au moment où l’évêque remet, on pourrait dire transmet, l’Evangile au diacre :

« Recevez l’Evangile du Christ, que vous avez la mission d’annoncer. Soyez attentif à croire à la Parole que vous lirez, à enseigner ce que vous avez cru, à vivre ce que vous aurez enseigné.” Voilà les trois verbe d’action qui sont importants et que la formule lie entre eux d’une façon consubstantielle. Lire, croire, vivre.

Lire : c’est à dire connaître, se former, recevoir, approfondir, travailler.

Croire ce qui a été lu : nous pourrions dire faire confiance, écouter les conseils, se forger ses propres convictions.

Vivre ce qui est cru : Passer à l’action ! Vivre ! Et donc pour nous, éduquer par l’exemplarité, qui est le chemin de sainteté de tout éducateur, parce que l’exemplarité est la condition de notre crédibilité, nous le savons de conviction et d’expérience.

Ainsi lorsque nous parlerons du Maître ou du Magistère cette année, nous évoquerons bien cette triple dimension de la formation personnelle, de l’adhésion personnelle, de l’engagement personnel.


Concrètement, comment cette triple interpellation va-t-elle se traduire en actes cette année ?

Nous travaillerons ce thème de la relation éducative à travers ce qui en fait la grande dignité, et aussi la difficulté dans le contexte actuel. Dans le souci partagé d’être confortés dans nos bonnes pratiques et de nous garder des mauvaises, nous aborderons également les conditions du déploiement heureux ou du dévoiement douloureux de cette relation, notamment avec la session annuelle des Préfets à la Toussaint.  Nous avons invité le Père Pavel Syssoev, dominicain, à intervenir à partir de son livre sur « la paternité spirituelle et ses contrefaçons ».

 Avec le Président de l’Apel de Stan, Monsieur Aymeric Le Clere, nous aimerions monter cette année une forme de « laboratoire » sur le thème de l’éducation, c’est à dire un lieu de recherches par l’échange, la collaboration, le partage d’expériences, pour nous former, nous soutenir, nous conforter dans nos missions respectives, notamment lorsque l’on est jeune parent et parfois un peu démuni ou parce qu’i y a pu avoir des ruptures de transmission. Un « laboratoire », donc, pour qu’il y ait aussi dans ce domaine de l’éducation une transmission des bonnes pratiques entre pairs, et pas seulement par des conférences, aussi qualifiées soient-elles.

 Nous inviterons tous les membres de la communauté éducative à approfondir la relation éducative. A titre d’exemple, j’évoque en réunion de parents un livre petit par le format mais grand par le contenu, qui est paru à l’occasion de l’année consacrée à Saint Joseph, je veux parler du livre de Fabrice Hadjadj qui se présente comme un « petit guide de l’aventurier des temps post-modernes » : « Être père avec Saint Joseph ».. C’est un livre riche de la lecture assidue et documentée de la Bible, s’appuyant sur des expériences concrètes, bourrées d’anecdotes racontées avec humour et vérité, débordant de sagesse pratique, écrit avec une grande liberté d’allure permettant de passer de l’ancien testament au XXIème siècle avec des allers-retours vivifiants, tout cela avec un réalisme qui ne cède jamais rien à l’espérance, comme l’exprime la première phrase mise en exergue, de l’épitre aux Romains, évoquant Abraham : « Espérant contre toute espérance, il est devenu père ». Bref, un livre réjouissant et roboratif qui peut aider ceux qui sont pères à vivre la responsabilité paternelle avec autant d’amour que d’humour.

Enfin, notre Centre Culturel reprendra et déclinera ce thème tout au long de l’année. Je vous invite à y être attentifs et si vous le pouvez, à participer à ces temps de réflexion qui peuvent nourrir nos manières d’être et d’accompagner tous les enfants sur leur chemin de croissance.

Le mot de la fin ?

« Gratitude » !

Rendre honneur à quelqu’un ou rendre les honneurs, c’est aussi exprimer une gratitude. Apprenons à nos élèves à dire « merci », et spécialement à leurs parents, à leurs enseignants, à leurs éducateurs qui sont des transmetteurs et des témoins. Je dis parfois en rendez-vous d’inscription à un élève : « Ne vous endormez jamais sans avoir dit dans votre cœur, « merci papa, merci maman ». Si vous ne savez pas pourquoi, vos parents, eux, le savent !"

Je raconte parfois en lecture de notes cette histoire édifiante vécue à Stanislas il y a quelques années. Un de nos élèves de classe préparatoire vient juste d’apprendre qu’il est reçu à Polytechnique. Il traverse la cour des prépas, celle de l’école et se dirige vers la classe de son professeur de CP. « Madame, je viens d’être reçu à Polytechnique et je tenais à vous remercier ». Réponse étonnée du professeur : « Mais pourquoi moi ? Tu devrais plutôt remercier tes professeurs de prépas ». Et l’élève de préciser avec une grande délicatesse : « Je le ferai. Mais je tenais à vous remercier en premier car c’est vous qui en CP m’avez appris à lire, à écrire et à compter ». Bel exemple d’honneur rendu à son professeur par un élève qui a réalisé combien était vraie la fameuse phrase de Paul Valéry, souvent reprise par Madame Méallonnier, directrice de l’école primaire : « Tout se joue dans les commencements ».

Savoir dire « merci », c’est une marque de civilité, c’est une preuve de délicatesse, c’est aussi une attitude spirituelle. Pendant le temps de Carême, l’an dernier, plusieurs professeurs et éducateurs ont suivi le parcours « gratitude » proposé conjointement à la paroisse Notre-Dame des Champs et à Stanislas et développé par le Père Lionel Dalle (Diocèse de Fréjus-Toulon) à partir du livre du Père Pascal Ide « Puissance de la gratitude : vers la vraie joie ». Ils ont exprimé combien les enseignements et les rencontres sur ce thème les avait aidés à grandir dans leur vie spirituelle, familiale et professionnelle.

Au thème de cette année, « Honneur aux Maîtres », nous associerons donc cette dimension de la gratitude, intimement liée à la dignité de la fonction magistérielle et à la grandeur de l’engagement de tout éducateur. Cultiver cette vertu spirituelle qu’est la gratitude nous aidera aussi à traverser nos inévitables épreuves en voulant, malgré tout, « que notre joie demeure ! ».

Frédéric Gautier, directeur

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